La solution des deux États est la seule façon d’apporter une paix durable à la région

Intervention à titre national de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies devant le Conseil de sécurité – 23 avril 2020

Madame la Présidente,

Je remercie Nikolay Mladenov pour son exposé. La France s’aligne sur la déclaration écrite de l’Union européenne qui réaffirme la position de longue date de l’UE sur la solution des deux États.

Avant tout, je tiens à réitérer la grave préoccupation de la France concernant la menace d’annexion à la lumière des récents développements. La France, de même que ses partenaires européens, a mis en garde à plusieurs reprises contre l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, y compris la vallée du Jourdain et les colonies. Cela constituerait une violation flagrante du droit international, qui interdit strictement l’acquisition par la force de territoires occupés. De telles mesures, si elles étaient mises en œuvre, ne resteraient pas sans réaction et seraient prises en compte dans nos relations avec Israël.

Nous avons également condamné les récentes annonces du gouvernement israélien visant à faire avancer la colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, en particulier dans la zone E1, ainsi qu’à Givat Hamatos et Har Homa, qui sont situés dans des zones particulièrement sensibles. Ces annonces menacent la viabilité d’un futur État palestinien.

Nous appelons le gouvernement israélien à suspendre la publication d’appels d’offres ou toute mesure visant à promouvoir la construction à Har Homa, Givat Hamatos et dans la zone E1, ainsi qu’à ne prendre aucune mesure unilatérale susceptible de compromettre la solution des deux États et la perspective de la reprise des pourparlers de paix. Nous ne reconnaîtrons aucune modification aux lignes de juin 1967, sauf celles agréées entre les deux parties.

C’est une question de principe : le respect du droit international, y compris les résolutions de ce Conseil, s’applique sans exception. Mais il s’agit aussi d’être pragmatique : la solution des deux États est la seule façon d’apporter une paix durable à la région. C’est dans l’intérêt des Israéliens et des Palestiniens, ainsi que de l’UE voisine.

Deuxièmement, permettez-moi de souligner l’importance d’une coordination israélo-palestinienne accrue dans la réponse au COVID-19 avec le soutien adéquat de la communauté internationale.

En écho à l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu global, tous les acteurs doivent s’abstenir de tout acte d’hostilité, maintenir le cessez-le-feu et assurer un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave à toutes les personnes dans le besoin. Il n’y a pas d’alternative pour lutter efficacement contre la pandémie.

Je tiens à faire écho aux préoccupations du Coordinateur spécial concernant les vulnérabilités de Gaza et le manque d’équipements médicaux suffisants pour répondre au COVID-19. Le gouvernement israélien doit garantir la livraison continue d’équipements médicaux et permettre les évacuations humanitaires. L’autorité palestinienne est également responsable de la fourniture d’aide et de fournitures médicales à la bande de Gaza.

Par ailleurs, la France rappelle qu’il n’y aura pas de stabilité durable à Gaza sans une levée du blocus avec des garanties de sécurité crédibles pour Israël et le retour de l’Autorité palestinienne dans le cadre de la réconciliation inter-palestinienne.

Les autorités israéliennes et palestiniennes doivent renforcer leur coopération pour faire face à la situation sanitaire actuelle. Plus généralement, et dans le contexte du COVID-19, je demande instamment à Israël de mettre en œuvre une suspension totale des démolitions et des confiscations des infrastructures palestiniennes et internationales, et d’autoriser la livraison de matériel médical et les évacuations d’urgence humanitaire, conformément à ses devoirs en tant que puissance occupante.

Il est également nécessaire de conclure un accord durable et global sur le reversement des revenus de taxe prélevées par Israël au nom de l’Autorité palestinienne afin de permettre à l’Autorité palestinienne de faire face à la réponse à COVID-19.

Enfin et surtout, la communauté internationale doit renforcer son soutien aux territoires palestiniens. L’Agence française de développement mobilise 3 millions d’euros pour soutenir la réponse palestinienne au COVID-19. L’UE a mobilisé 71 millions d’euros pour soutenir les services de santé palestiniens et pour atténuer l’impact socio-économique de la pandémie.

Dans ce contexte, je tiens à remercier l’ONU, et en particulier l’OMS et les travailleurs humanitaires de l’UNRWA dont le rôle est crucial en particulier dans le cadre du COVID-19. La France reste préoccupée par les obstacles croissants auxquels l’UNRWA est confronté sur le terrain en Palestine, à Jérusalem-Est en particulier, surtout à un moment où son action est d’autant plus essentielle. Le mandat de l’UNRWA est crucial le temps de trouver une solution juste, équitable, concertée et réaliste à la question des réfugiés.

En conclusion, je tiens à réitérer la disponibilité de la France à soutenir la reprise des négociations sur la base des paramètres internationaux agréés. Le COVID-19 montre la nécessité de se coordonner dans l’intérêt mutuel des peuples israélien et palestinien. Comme la santé publique, la paix est un bien public et ce Conseil doit unir ses efforts pour promouvoir la paix. Je vous remercie, Madame la Présidente.

publié le 25/06/2020

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