La protection des communautés religieuses, un rôle particulier du Consulat général de France à Jérusalem

Le 6 novembre 2019, quelques semaines après avoir pris ses fonctions de Consul général à Jérusalem, René Troccaz effectuait sa visite officielle au Saint Sépulcre, accueilli par les « gardiens majeurs » de la basilique, catholique latin, arménien-apostolique et grec-orthodoxe. La cérémonie, qui comprend aussi une entrée solennelle à la basilique Sainte-Anne, s’est déroulée selon le protocole réglé par les accords signés en 1926 par Aristide Briand, alors ministre des Affaires étrangères français, avec le Saint-Siège.
Cet événement n’est qu’un des aspects des relations entretenues par le Consulat général de France à Jérusalem avec les communautés chrétiennes. Cette situation est particulière dans la diplomatie française : il s’agit d’une spécificité liée à l’histoire de la présence française dans la région.

Pourquoi de telles relations entre la France et des communautés chrétiennes ?

Ce rôle particulier est une responsabilité diplomatique de la République, inscrite dans le droit international, en vertu de plusieurs textes :
♦ Les Capitulations, ensemble de traités conclus avec l’Empire Ottoman dès
1535. Ils sont inscrits dans le droit international en vertu du principe de la succession d’Etats.
♦ Le Traité de Berlin de 1878 octroie également à la France un rôle de protection du Statu quo régissant la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem et celle de la Nativité à Bethléem.
♦ Les accords de Mytilène (1901) et de Constantinople (1913), accordent aux congrégations et établissements d’origine française des exemptions fiscales et douanières. Par les lettres Chauvel-Fischer (1948-1949), et l’accord Laboulaye-Middein (1997), ces privilèges sont confirmés respectivement par Israël et la Palestine.

Et la laïcité ?

Comme l’a rappelé le Consul général lors de son intronisation le 6 novembre 2019, la France s’acquitte de sa mission dans le plein respect des lois de 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes (…) ». L’action du Consulat général s’attache donc à promouvoir, dans une ville sujette à de nombreux conflits, les valeurs qui sont précisément des valeurs fondatrices de la laïcité française : la liberté de culte, la tolérance et le vivre-ensemble.

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Les communautés chrétiennes acceptent-elles que la République joue un tel rôle ?

Historiquement, les relations de la France républicaine avec les instances religieuses n’ont pas toujours été simples. Néanmoins, le modèle choisi pour entretenir ces relations permet une entente harmonieuse, qui repose sur deux piliers :
♦ Le Consulat général de France n’est pas la tutelle religieuse des communautés, d’autant plus qu’il est tenu de respecter la neutralité de l’Etat.
♦ Des intérêts et des principes communs : l’action des communautés (écoles, hôpitaux) contribue grandement à la promotion des valeurs portées par la France et à son action diplomatique, notamment en matière de coopération et de promotion de la langue française.

Concrètement, par quelles actions ce rôle particulier du Consulat général se manifeste-t-il ?

♦ L’accompagnement vigilant des communautés religieuses d’origine française : quarante congrégations, totalisant quelques 300 religieux et religieuses de diverses nationalités. Ce sont au total 130 emprises sur l’ensemble de la Palestine historique qui sont concernées par la protection française. Elle se traduit par un rôle de conseil dans divers domaines (l’immobilier, l’enseignement,…), mais va jusqu’à une intervention directe auprès des autorités locales lorsque la situation l’exige. La « protection » des exemptions fiscales et douanières des congrégations issues des accords de 1901 et 1913 est un enjeu majeur : ces droits sont essentiels à la survie des communautés et à la poursuite de leurs missions.
♦ La relation de la République avec les autorités religieuses locales : le Consulat général peut notamment être amené à réagir, de concert avec ces autorités, aux atteintes au libre-accès aux lieux saints, notamment pour les Palestiniens des Territoires occupés.
♦ Le Consulat général entretient des relations régulières avec les communautés juives et musulmanes et encourage le dialogue interreligieux.
♦ La protection des pèlerins : environ 400 000 français se rendent chaque année en Terre sainte. Parmi eux, grand nombre de pèlerins chrétiens, et de plus en plus de pèlerins musulmans et juifs. La protection française, outre la protection consulaire classique, comporte un volet diplomatique : il s’agit d’assurer la liberté d’accès aux lieux saints et aux nombreux sites de pèlerinage.
♦ La protection des chrétiens de la région : si leur nombre a chuté, les chrétiens seraient encore 230 000 à vivre sur le territoire de la Palestine historique, en Israël mais aussi en Cisjordanie, à Bethléem, Ramallah et Jérusalem-Est, ainsi qu’à Gaza, où les écoles chrétiennes qui scolarisent plusieurs milliers de jeunes ont une influence reconnue.
♦ L’administration des quatre domaines nationaux de Terre Sainte : le domaine de Sainte-Anne, l’Eleona, Abou Gosh et le Tombeau des Rois.
Quel est le sens de cette mission pour la diplomatie française ?
♦ Nombre de communautés, par leurs institutions de santé ou éducatives, contribuent aux besoins humanitaires de la région.
♦ La promotion de la francophonie passe par la mission éducative des congrégations : les écoles administrées par celles-ci et par les patriarcats sont parmi les plus réputées. L’enseignement du français reste une référence appréciée des jeunes, y compris pour leur métier futur.
♦ Ces écoles, réparties sur l’ensemble du territoire, sont fréquentées en majorité par des élèves musulmans, et contribuent au vivre-ensemble des communautés.
♦ La présence sur le terrain des congrégations est une source précieuse de contact avec les populations : les institutions chrétiennes ont la capacité de prendre le pouls des populations locales et de comprendre l’évolution des mentalités et de situations.

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publié le 07/11/2019

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