Intervention de François Delattre au Conseil de sécurité

Conseil de sécurité – 22 mai 2019

Madame la Présidente,

Je souhaite commencer par saluer la présence de la Ministre indonésienne des Affaires étrangères pour présider cette session, ce qui témoigne de l’importance du sujet dont nous discutons aujourd’hui.

Je remercie le Coordinateur spécial des Nations Unies Nikolay Maldenov pour son exposé, comme toujours très précis et éclairant, ainsi que le Commissaire général de l’UNRWA Pierre Krähenbühl, dont la présence parmi nous aujourd’hui est la bienvenue. Je veux rendre hommage à son engagement et à l’action de l’UNRWA auprès des réfugiés palestiniens et sa contribution à la stabilité de la région. Permettez-moi également de saluer la participation à nos travaux du Représentant spécial du Président des Etats-Unis, Jason Greenblatt.

François Delattre - ONU - JPEG
@Crédit photo : La France à l’ONU

Madame la Présidente,

1. Je voudrais évoquer d’abord la situation à Gaza, où l’équation humanitaire, politique et sécuritaire est particulièrement alarmante. Au début de ce mois, la bande de Gaza a, de nouveau, connu une flambée de violence, au risque de basculer dans un nouveau conflit comme elle en a connu trois au cours de la décennie écoulée.
La France, qui ne transigera jamais avec la sécurité d’Israël, a condamné avec la plus grande fermeté les tirs qui depuis la Bande de Gaza ont visé les 4 et 5 mai des zones habitées du territoire israélien. Ces tirs et les affrontements qui les ont suivis ont une fois de plus fait des victimes civiles, de part et d’autre. Ces développements sont d’une gravité sans précédent depuis 2014. Les Israéliens comme les Palestiniens ont le droit de vivre dans la paix, la dignité et la sécurité.

Les efforts de l’Egypte et du coordinateur spécial des Nations Unies ont permis de parvenir à un cessez-le-feu, qui doit être consolidé et inscrit dans la durée : nous appelons, dans cette perspective, les parties à observer la plus grande retenue.
Mais au-delà, il n’y aura de stabilité durable à Gaza que dans le cadre d’un règlement négocié, qui passe à la fois par le retour complet de l’Autorité palestinienne et par la levée du blocus, assortie de garanties de sécurité crédibles pour Israël. Nous rappelons également que la stabilisation de la bande de Gaza passe par une amélioration immédiate de la situation humanitaire dans ce territoire, à laquelle chacune des parties prenantes doit contribuer. A ce titre, l’annonce par Israël de l’élargissement de la zone de pêche est un pas dans la bonne direction.

2. Dans la bande de Gaza, dont la population est composée aux deux tiers de réfugiés palestiniens, le principal acteur humanitaire est l’UNRWA. Dans les camps de réfugiés palestiniens de Gaza comme dans ceux de la région, l’accès à l’éducation, à la santé et pour certains à une aide alimentaire dépend entièrement de l’UNRWA.
Au-delà de la dimension humanitaire, il en va de la dignité des réfugiés palestiniens et de la possibilité pour eux de construire un avenir. Il en va aussi de la stabilité et de la sécurité d’une région secouée par les crises, auxquelles nous ne pouvons nous permettre d’ajouter un facteur supplémentaire de fragilité.

Nous devons par conséquent répondre à l’appel de Pierre Krähenbühl à maintenir cette année notre niveau d’engagement financier collectif. Le maintien des services de l’UNRWA n’est pas assuré au-delà de l’été, et dès le mois d’août se posera la question de la rentrée scolaire des écoles de l’UNRWA. La mobilisation de tous est donc cruciale en prévision de la conférence des donateurs prévue fin juin à New York. La France pour sa part a doublé sa contribution à l’UNRWA en 2019.
Notre soutien à l’UNRWA devra aussi passer par une mobilisation politique en vue du renouvellement, à l’automne, du mandat triennal qui lui est confié par l’Assemblée générale.

Tant qu’une solution juste, équitable, réaliste et durable n’aura pas été apportée au problème des réfugiés palestiniens dans le cadre d’un accord de paix, le mandat de l’UNRWA restera nécessaire, pour les réfugiés eux-mêmes et leur avenir, pour la stabilité de la région, mais également pour la communauté internationale. Nous ne pouvons en effet collectivement nous permettre de livrer à eux-mêmes les camps de réfugiés, au risque d’en faire des viviers de recrutement idéaux pour les groupes terroristes actifs dans la région.

Monsieur le Président,

3. La situation à Gaza, par laquelle j’ai commencé mon intervention, n’est pas dissociable du conflit israélo-palestinien dans son ensemble, et de la perspective des deux Etats. Il n’y aura pas d’Etat palestinien viable sans Gaza, et pas de paix durable et juste sans Etat palestinien.
Mais sur le terrain et dans les esprits, l’accélération de la colonisation mine les fondements de la solution des deux Etats. Nous sommes proches aujourd’hui du point de non-retour. Aux faits accomplis s’ajoutent des évolutions du droit, conduisant à l’application progressive du droit israélien aux habitants des colonies de Cisjordanie. C’est une situation qui ne correspond ni aux aspirations des Palestiniens, ni à celles des Israéliens. Et cette situation se développe en violation du droit international, et notamment des résolutions de ce Conseil.

On le voit, la question à laquelle nous sommes collectivement confrontés est urgente – et elle est fondamentalement politique. Nous avons pris note de la tenue, les 24 et 25 juin à Manama, d’un atelier économique, à l’initiative des Etats-Unis et du Bahreïn. La France se tient prête à soutenir tout effort, y compris économique, dès lors qu’il s’inscrit dans la perspective que nous avons définie ensemble : l’établissement d’un Etat palestinien viable et indépendant, véritable condition du décollage économique de la Palestine et, au-delà, de la construction d’une économie régionale plus forte et plus intégrée.

On ne fera pas l’économie de négociations sérieuses pour mettre en œuvre la solution des deux Etats, vivant dans la paix et la sécurité au sein de frontières reconnues, avec Jérusalem pour capitale. C’est ce que dit le droit, c’est l’objectif que poursuit la France, en tant qu’amie d’Israël et des Palestiniens, et c’est sur cette base que nous évaluerons les initiatives qui pourront être prises.

Je vous remercie.

publié le 29/05/2019

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