Gaza la tête en bas, une exposition de Shadi Zagzog

Peintre et musicien, Shadi Zagzog fait partie de cette nouvelle vague d’artistes plasticiens de Gaza qui ont trouvé dans la peinture un moyen d’expression de l’enfermement et de leur jeunesse volée. Paradoxalement, leurs toiles voyagent. On les retrouve à Ramallah, à Amman ou en Europe. Après le Centre culturel français de Gaza et de Jérusalem, et le Centre franco-allemand de Ramallah, c’est au CCF de Naplouse d’accueillir « azag » à partir du 13 janvier 2007.

JPEG« En me promenant, voici un an, le long de la plage à Gaza, j’ai eu l’idée de cette exposition, explique Shadi Zagzog au téléphone puisqu’il ne peut pas venir à Ramallah. Il y avait des arbres criblés de balles, des détritus et des papiers gras partout qui salissaient l’environnement, rien n’était normal. C’était au début de l’escalade de la violence entre factions palestiniennes. J’ai décidé de faire une exposition sur Gaza pour bien montrer que tout y est contraire à la normale ».

Un peu comme le petit baron du livre d’Italo Calvino (« Le baron perché »), qui manifestait son désaccord avec le monde des adultes en montant dans un arbre et en refusant d’en descendre pour toujours, le jeune peintre de 25 ans décide d’écrire à l’envers le nom de sa ville et de la regarder la tête en bas. JPEG

A partir de dessins photographiés en y intégrant des éléments familiers et symboliques de Gaza comme les oranges ou les oignons, la plage ou les grillages, il repeint par dessus d’un trait nerveux en détournant les images. Une façon, à travers la violence et la dérision, de raconter « l’anormalité » d’une vie quotidienne à Gaza étouffée par le blocus, les bombardements israéliens et les règlements de compte inter-palestiniens.

Né dans une famille d’enseignants, Shadi Zagzog a évolué très tôt dans les couleurs et les formes, encouragé par un oncle qui faisait aussi de la peinture. Il a depuis participé à une douzaine d’expositions collectives ou personnelles et a été repéré en 2004 par la fondation A. M. Qattan qui décerne des prix chaque année aux jeunes artistes et écrivains.

JPEGMusicien autant que peintre, il a fait des études de guitare classique et de piano à la faculté de Deir Al-Balah. « J’ai toujours de la musique en tête quand je peins, et parfois mon ami Mohammed Al-Habbash vient jouer du aoud lorsque je dessine. Lors de l’exposition au Centre culturel de Gaza, il y avait une bande son de lui à l’intérieur et une vidéo d’extraits de reportages d’actualité sur l’Irak ou le Soudan dans les jardins ».

Ce mélange de douceurs et de violence parcourt d’ailleurs toute l’exposition. Les images sont insolites et sombres. Les portraits sont torturés, tordus, décalés. Les couleurs peuvent être chaudes parfois mais elles soulignent le tourment. Rien d’étonnant que les maîtres auxquels il se réfère soient le peintre post-impressionniste Vincent Van Gogh (1853-1890) ainsi que son compatriote et ami Mohamed Joha qui peint les enfants gazaouis avec des yeux vides et des jouets cassés. JPEG

C’est sans doute ensemble qu’ils partiront bientôt en Norvège après avoir été sélectionnés pour poursuivre leurs études. Ce sera alors la deuxième fois que Shadi Zagzog sortira de Gaza, après un voyage aux Emirats arabes unis où il a partipé à une exposition de jeunes artistes en 2003. A Oslo, l’année dernière, seules ses oeuvres ont fait le voyage. Tout comme cette fois-ci à Ramallah. Mais les nouvelles technologies entre les deux CCF devraient permettre, par une vidéo-conférence, de l’inviter au vernissage.

(Article paru dans Al Manara n°9 - mai 2006)

publié le 19/12/2006

haut de la page