Discours du Consul général à l’occasion de la Fête nationale Consulat général de France à Jérusalem 15 Juillet 2018

Béatitudes, Excellences,
Chers collègues, chers compatriotes et chers amis

C’est une joie redoublée, pour mon épouse et pour moi-même de vous retrouver pour célébrer ensemble à la fois notre fête nationale et la victoire des Bleus en finale de la coupe du monde après un match auquel nous avons assisté ensemble.
L’équipe du Consulat général est heureuse de partager ce moment d’unité et d’amitié, et je voudrais la remercier pour avoir rendu possible cette célébration et la retransmission du match.
Que nous soyons amateurs de football ou pas, cette victoire des Bleus c’est une joie collective. Félicitations à l’équipe croate, il y a d’ailleurs quelques Croates parmi nous. Je ne vais pas me lancer dans une analyse d’après match, je suis sûr que cela va occuper une partie de la soirée et le champagne aidera sans doute à la pertinence de nos analyses.
En 1998, le Président de la République d’alors, Jacques Chirac, avait dit en recevant l’équipe de France :
« Je voudrais qu’en cette rentrée, où les Français retrouvent les contraintes du quotidien et les préoccupations de chaque jour, le souffle de la Coupe du Monde soit toujours dans les cœurs. Non pour évoquer seulement un grand exploit sportif, mais pour aborder les semaines et les mois qui viennent avec un regard différent, avec un moral de vainqueur. Quand la France veut, elle peut. Quand la France prend confiance, elle avance, elle marque des points, elle gagne. Quand la France s’aime, elle est aimée et admirée du monde ».
Vingt ans plus tard et avec le recul, nous savons bien sûr, encore mieux qu’à l’époque, qu’une victoire en coupe du monde ne suffit pas à résoudre tous nos problèmes. Mais puisse-t-elle en effet nous donner à tous l’énergie et l’envie de défendre tous ensemble nos couleurs.
Et je suis heureux que cette finale ait été non seulement l’occasion pour les Français d’oublier leurs divisions proverbiales mais aussi de réunir tous nos amis de Jérusalem Ouest et de Jérusalem Est, d’Israël et de Palestine.
Vive les Bleus !
J’en reviens donc à ce que je voulais vous dire en ce jour de fête nationale
Il y a un an la France sortait d’élections qui avaient surpris le monde et l’avait surpris elle-même. L’année écoulée aura vu en interne la mise en œuvre d’importantes réformes. Cela ne va pas sans difficultés ni conflits et pose constamment la question de l’équilibre à trouver entre l’encouragement des talents et la préservation des solidarités.
Alors que les forces centrifuges se renforcent sur notre continent et que la tentation du chacun pour soi est forte, le Président de la République a fait des propositions pour retrouver une ambition qui puisse faire que l’Europe devienne une puissance économique, sociale, écologique et scientifique capable de faire face à la mondialisation en portant les valeurs qui sont notre histoire commune. Des consultations citoyennes ont été lancées, prélude au débat qui doit accompagner les élections européennes du printemps 2019 que nous organiserons pour nos compatriotes ici aussi.
Et face à la crise que traverse l’ordre mondial, celui du droit international, des traités multilatéraux, des principes gouvernant le commerce entre les Nations, notre pays a veillé à parler à tous les acteurs, à privilégier le dialogue sans renier ses principes et ses priorités.

C’est cette même attitude qui a prévalu à propos de la question de Jérusalem. Chacun a pu mesurer cette année à quel point celle-ci restait centrale et sensible.

Le Président de la République a eu l’occasion de dire avec force que les proclamations unilatérales concernant cette ville étaient dangereuses et ne servaient pas la cause de la paix. Loin de prendre acte de la réalité, ces décisions l’ignorent en ne rendant pas justice à la richesse et à la complexité de l’histoire de cette ville, à la diversité de sa population et aux lignes de fractures qui continuent à la traverser, qu’on le veuille ou non.

Emblématique, la question de Jérusalem l’est aussi de la constance du droit international. Porté par les nombreuses résolutions de l’assemblée générale et du Conseil de sécurité des Nations-Unies, c’est bien le droit qui définit la seule perspective sur laquelle la paix puisse se construire, celle d’une ville devenant la capitale de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité, dont la place centrale pour le sentiment national du peuple israélien comme pour celui du peuple palestinien soit également reconnue tout comme l’importance qu’elle revêt pour les fidèles des trois grandes religions monothéistes.

J’ai tenu à vous redire la position de la France sur un sujet que je sais naturellement sensible et cher à beaucoup de nos compatriotes vivant à Jérusalem. Je ne le fais pas par esprit de provocation mais par un souci de vérité sans lequel il ne peut s’établir de relation de confiance. C’est ce souci de vérité qui m’amène à tenir le même discours, que je m’adresse hier à Saint-Anne ou aujourd’hui au Consulat général devant des compatriotes franco-israéliens ou franco-palestiniens, devant des amis palestiniens ou israéliens.

Qu’un désaccord existe entre les positions qui sont aujourd’hui celles des autorités françaises et celles de certains de leurs ressortissants n’a rien de choquant tant qu’il s’exprime de façon civilisée et respectueuse de chacun.

Mais au-delà mon souhait est que ce désaccord ne soit pas source de malentendu.

Je voudrais à cet égard faire référence à un courrier reçu d’un Français de Jérusalem auquel nous avions adressé une invitation pour la réception de ce soir et qui me faisait part du sentiment de certains Français habitant à Jérusalem que ce Consulat je cite, « ne les représentait pas vraiment ».

Je l’ai remercié de m’avoir fait part en des termes sans rapport avec les propos haineux qui nous sont parfois adressés sur les réseaux sociaux, d’un ressenti que je respecte et dont je suis, tout comme l’équipe du consulat parfaitement, conscient.

Et je lui ai répondu que ce Consulat général avait l’ambition de servir au mieux tous nos compatriotes présents dans la circonscription, sans aucune distinction d’origine, d’opinion ou de religion mais qu’il n’avait pas vocation à les « représenter ». Ce sont les élus des Français à l’étranger, leurs députés et leurs sénateurs, leurs conseillers consulaires dont je salue la présence ce soir, qui assument cette fonction de représentation qui est au fondement de notre démocratie.

Mais comme je le soulignais l’an dernier, le consulat n’en compte pas moins sur tous les français installés dans sa circonscription pour être les relais irremplaçables de notre culture, de notre langue, et des ponts vers une autre culture avec laquelle les échanges sont une richesse. La saison culturelle croisée qui se déroule actuellement en est l’exemple.

Ce que représente ici ce Consulat, comme toute autre représentation diplomatique française à l’étranger, dans ce contexte il est vrai très particulier de Jérusalem, c’est la France, ses valeurs et son attachement à la paix entre deux peuples amis.

Et au moment où partout des régressions fragilisent l’ordre international et font planer la menace du chacun pour soi notre pays continuera à porter le message du multilatéralisme, de la coopération et du droit.

Dans ces temps difficiles, la France entend rester fidèle à elle-même, sans céder aux discours simplificateurs qui finissent toujours par devenir des discours de haine ou de mépris de l’autre. Elle refuse avec détermination toute forme d’antisémitisme ou de remise en cause de l’existence d’Israël, et c’est bien sûr l’occasion d’évoquer la mémoire de Simone Veil et celle de l’écrivain et cinéaste Claude Lanzmann récemment disparu.

Elle refuse avec la même détermination l’injustice faite au peuple palestinien et le mépris de ses droits. Je pense en particulier aux habitants du village de Kha, Al Amar où nous étions vendredi avec plusieurs collègues diplomates européens.

C’est la raison pour laquelle, guidée par l’amitié exigeante qui la lie aux peuples israélien et palestinien, elle se tient prête à promouvoir la reprise de négociations entre eux sur la base des paramètres de longue date reconnus comme étant les seuls à même de conduire à une paix juste et durable. Le Président de la République a annoncé son intention de se rendre en visite dans la région à l’automne.

C’est aussi pour la même raison que la France a décidé d’inviter une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, pour se souvenir un siècle après la fin de la Première guerre mondiale et pour construire un avenir qui ne ressemble pas à ce passé des années 1920 et 1930, lorsque les Etats ont laissé la gouvernance mondiale s’affaiblir, les frontières se fermer, l’égoïsme prévaloir.
Ce sera le Forum de Paris sur la Paix qui rassemblera du 11 au 13 novembre tous les acteurs de la gouvernance globale et leur offrira un lieu d’échange autour de solutions pour mieux organiser notre planète afin de démontrer qu’il est encore possible de progresser malgré les nuages qui s’amoncellent.

Si vous partagez ces objectifs, si vous avez un projet de gouvernance, alors vous pouvez contribuer au Forum de Paris sur la Paix. Le site sur lequel déposer vos projets est accessible depuis le site internet du consulat.

J’adresse un salut particulier aux représentants religieux qui nous font l’honneur de leur présence et qui ont tous à cœur le souhait que Jérusalem reste une ville ouverte à tous et propice au dialogue. Je salue également les communautés religieuses françaises qui sont une dimension essentielle de notre présence à Jérusalem et font ici un travail irremplaçable au service des plus démunis. Nous restons plus que jamais attachés à ce qu’elles puissent exercer leur mission sans entrave.

Je salue également les représentants d’ONG françaises, internationales, israéliennes et palestiniennes qui œuvrent avec courage pour la paix dans un environnement difficile.

Je termine en remerciant tous ceux dont la contribution nous a aidés à organiser cette réception et dont la liste figure sur nos supports de communication. Une mention particulière pour les principaux d’entre eux :
Le groupe Maslamani,
Bank of Palestine
L’Hôtel American Colony
L’Hôtel Jerusalem

Je vous remercie de votre attention et vous invite à écouter La Marseillaise
Vive la République !
Vive la France !

publié le 17/07/2018

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