Conférence de Paris - Entretien du Consul général avec Al Ayyam (13 janvier 2017)

Traduction française de l’entretien réalisé par Abdelraouf Arnaout et paru le 13 janvier 2017 dans le quotidien palestinien Al Ayyam.

Résumé de l’entretien en une du journal :

Le Consul général de France à Al Ayyam : la conférence de Paris enverra un message fort de soutien international à la solution à deux Etats

Le Consul général de France à Jérusalem, Pierre Cochard a déclaré dans un entretien à Al Ayyam que « la déclaration finale de la conférence internationale de paix de Paris de dimanche prochain sera un message fort de soutien des pays participants à la solution à deux États et un appel à ne pas entreprendre d’actions allant à l’encontre de cette solution ». Il a indiqué que « l’élément nouveau que nous voulons souligner est l’implication de la part d’une grande partie de la communauté internationale ». Et de poursuivre : « nous nous attendons à ce que cette conférence aide à reprendre les négociations », expliquant qu’elle « ne vise pas bien sûr à résoudre tous les problèmes mais à aider à relancer le processus de paix. Le suivi est important et sera un élément de ce qui sera discuté à Paris dimanche ».

Le Consul général de France a aussi déclaré : « Nous proposons aux deux parties de les informer des résultats de la conférence directement après sa conclusion. Dans cet esprit, nous avons invité le Président Abbas et le Premier ministre Benyamin Netanyahou. La partie israélienne a refusé l’invitation mais nous nous réjouissons de la venue du Président Abbas, qui a affirmé sa disponibilité à rencontrer le Premier ministre Benyamin Netanyahou à cette occasion ».
Quant à savoir si la déclaration finale de la conférence conduira à une résolution du Conseil de sécurité, il a indiqué : « actuellement, nous nous concentrons sur la conférence elle-même. Il y aura une déclaration finale et nous y travaillons. Il s’agit de notre objectif actuellement et il est important. »

Il a précisé que la question de la reconnaissance d’un Etat palestinien n’était pas à l’ordre du jour de cette conférence. Interrogé sur la position qu’adopterait la France dans l’hypothèse d’un transfert de Tel Aviv à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël, il a rappelé : « nous avons de longue date une position constante au sujet de Jérusalem, une position fondée sur les résolutions internationales. Nous considérons que le statut final de Jérusalem devra être décidé par un accord entre Israël et la Palestine via des négociations. En attendant cet accord, nous considérons qu’il est important que la communauté internationale respecte une position fondée sur le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité. C’est notre position, c’est celle de l’Union européenne et nous ne voyons pas de raisons d’en changer ».

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Texte intégral de l’entretien

Abdelraouf Arnaout pour Al Ayyam (AA) : Pour commencer s’agissant de la conférence internationale pour la paix, que doivent en attendre les citoyens palestiniens ?

Le Consul général (CG) : Ils doivent tout d’abord s’attendre à voir que les efforts pour trouver une solution au conflit qui perdure entre la Palestine et Israël sont toujours à l’ordre du jour international, et que de nombreux Etats (nous attendons la participation de 70 pays et organisations internationales à la conférence) continuent à œuvrer pour aider les deux parties à trouver une solution, qui est celle des deux Etats, soutenue par les deux parties ainsi que par toute la communauté internationale. A l’heure où nous pensons qu’il y a peut-être une sorte de perte d’espoir au sein de l’opinion publique palestinienne, la conférence est le signe que nous demeurons impliqués pour les aider à trouver un chemin afin de réaliser leurs aspirations nationales et leur aspiration à un Etat.

AA : En quoi cette conférence diffère-t-elle des efforts menés ces vingt-deux dernières années qui ont tous échoué. Que propose-t-elle de différent ?

CG : Cette conférence ne veut pas partir de zéro. Nous construisons sur des principes agréés afin de résoudre le conflit. Nous estimons à présent que le temps est venu pour un nouveau paradigme dans lequel les négociations bilatérales entre les parties seront soutenues avec force et suivies par la participation d’un segment important de la communauté internationale, et non celle de seulement un Etat ou deux. De nombreux Etats sont intéressés à la paix dans la région... Les Etats européens notamment et bien sûr les Etats arabes. Les Etats-Unis continueront à jouer un rôle important ainsi que la Russie. Au-delà, l’élément nouveau de cette conférence que nous voulons souligner est l’implication d’une grande partie de la communauté internationale.

AA : Au regard de vos propos sur l’implication de divers Etats, devons-nous nous attendre à un comité de suivi par exemple ? Quel sera le mécanisme de participation de ces pays aux négociations ?

CG : Nous nous attendons à ce que cette conférence aide à reprendre les négociations. Actuellement il n’y a plus de négociations malgré les efforts menés par le secrétaire d’Etat américain John Kerry voici deux ans. Cette conférence n’a pas l’intention, bien sûr, de résoudre tous les problèmes mais celle d’aider à relancer le processus de paix. Le suivi est important et sera un élément de ce qui sera discuté à Paris dimanche prochain.

AA : La partie israélienne a déclaré qu’elle était opposée à la conférence et qu’elle n’y participerait pas. Elle est aussi opposée à la rencontre du Président Abbas et de Netanyahou à Paris. Nous parlons de la solution à deux Etats et de la participation des deux parties. Naturellement, plusieurs Etats dont la Palestine ont beaucoup apprécié la décision de la France de tenir la conférence malgré la position israélienne. Quel sera l’impact de cette position israélienne sur ces efforts dans le long terme ?

CG : J’aimerais tout d’abord dire que nous avons été complètement transparents avec l’Autorité palestinienne et Israël concernant nos buts. Il n’y a pas d’agenda caché et notre but, comme je l’ai dit, est de créer un environnement à même d’aider à relancer les négociations autour de la solution à deux Etats. Nous proposons aux deux parties de les informer des résultats de la conférence directement après sa conclusion. Dans cet esprit, nous avons invité le Président Abbas et le Premier ministre Benyamin Netanyahou. La partie israélienne a refusé l’invitation mais nous nous réjouissons de la venue du Président Abbas, qui a affirmé sa disponibilité à rencontrer le Premier ministre Benyamin Netanyahou à cette occasion.

AA : La semaine dernière, le Premier ministre israélien a fait deux déclarations autour de la conférence de Paris affirmant que des efforts étaient menés dans le sens d’une déclaration de la conférence de Paris conduisant à l’adoption d.une nouvelle résolution au CSNU et qu’Israël travaillait sérieusement à contrer cela. La France envisage-t-elle sérieusement cette option ?

CG : Actuellement, nous nous concentrons sur la conférence elle-même. Il y aura une déclaration concluant la conférence et y nous travaillons. Il s’agit de notre objectif actuellement et il est important. Une résolution extrêmement importante a été adoptée au sujet de la colonisation le 23 décembre. Nous estimons que la déclaration finale de la conférence sera un message de soutien fort de la part des Etats participants à la solution des deux Etats et un appel à ne pas entreprendre de mesures allant à l’encontre de cette solution.

AA : La déclaration finale inclura-t-elle un appel aux sociétés civiles palestinienne et israélienne à œuvrer dans le sens de la solution à deux Etats ?

CG : Oui, exactement. Après la rencontre ministérielle organisée en juin dernier, du travail a été accompli avec une forte implication de plusieurs pays. A titre d’exemple, les efforts de la Suède pour renforcer les contacts entre les sociétés civiles palestinienne et israélienne. Ce travail à porté aussi sur les incitations économiques dont pourraient bénéficier les deux parties grâce à un accord de paix. L’Allemagne apporte aussi un important soutien s’agissant de ce que peut offrir la communauté internationale pour appuyer le renforcement des capacités de l’Etat palestinien et créer les conditions favorables à l’exercice, par ce dernier, de sa souveraineté.

AA : Le responsable palestinien Saëb Erekat a déclaré qu’en cas d’absence d’Israël à la conférence les pays participants, et à leur tête la France, devraient reconnaitre un Etat palestinien.

CG : Le sujet de la reconnaissance ne figure pas à l’ordre du jour de la conférence. L’agenda de cette conférence est d’envoyer un message fort de la communauté internationale selon lequel la reprise des négociations est urgente pour préserver la solution à deux Etats. Nous considérons qu’il est important d’exprimer clairement ce consensus à un moment où cette solution est menacée sur le terrain, par la poursuite de la politique de colonisation et aussi par diverses déclarations lancées contre cette solution.

AA : Comme vous le savez, le monde change. Le représentant américain à la conférence quittera ses fonctions dans quelques jours et une nouvelle administration américaine va s’installer. Des élections auront bientôt lieu en France ainsi que dans d’autres pays participant à la conférence. Qu’est-ce qui garantira la pérennité de cet effort ?

CG : De nombreux pays vont participer à la conférence et un message fort vient d’être envoyé par la résolution du CSNU. Nous espérons envoyer un autre message clair de soutien à la solution à deux Etats pendant la conférence de Paris, pas uniquement de la part des Etats-Unis et de la France, mais aussi de dizaines d’autres pays. En ce qui concerne la France, il est clair qu’il y a une continuité dans sa politique s’agissant du soutien à la paix dans cette région et du soutien à la solution à deux Etats.

AA : Considérez-vous que la mise en œuvre de la solution à deux Etats est encore possible ?

CG : Nous sommes préoccupés de voir des faits sur le terrain contredire et menacer la solution à deux Etats. J’ai déjà évoqué la question de la colonisation mais la violence est aussi un problème. Nous comprenons qu’une partie de l’opinion publique palestinienne ait des doutes concernant les chances de la mise en œuvre de la solution à deux Etats mais nous pensons que cette solution est la seule qui puisse répondre aux besoins des deux parties : les besoins de sécurité des Israélien et des Palestiniens, et le besoin des Palestiniens de s’identifier d’un point de vue national à un Etat aux frontières reconnues. De fait, des difficultés et des obstacles menacent cette solution. C’est précisément pour cette raison que nous jugeons urgent d’agir et de ne pas laisser cette solution disparaître.

AA : Vous avez pris vos fonctions voici quatre mois. Comment évaluez-vous la situation sur le terrain dans les Territoires palestiniens, de vos propres yeux, et non à partir de ce que vous pouvez entendre des autres ?

CG : Je continue de découvrir la situation. J’ai trouvé depuis mon arrivée des interlocuteurs engagés à trouver une solution à leurs problèmes et au conflit qui dure depuis des décennies. J’ai trouvé des interlocuteurs conscients de l’urgence de trouver une solution car les tensions et les doutes augmentent parmi la population. Naturellement, j’ai rencontré beaucoup de soutien à notre initiative de la part des responsables palestiniens, des étudiants, des militants de la société civile. J’ai reçu des questions certes mais toujours des marques de soutien au fait que nous n’abandonnons pas nos efforts pour éviter que la communauté internationale ne néglige ce conflit et le considère sans solution.

AA : Comment évaluez-vous les relations bilatérales franco-palestiniennes ?

CG : Ces relations bilatérales ont plusieurs dimensions. Bien entendu, nous avons un très bon dialogue politique. Avant que je n’arrive comme depuis mon arrivée, plusieurs visites officielles ont marqué l’année écoulée. La dernière en date est celle du Président du Sénat au début de ce mois-ci. Le Premier ministre est venu également. Voici un peu plus d’un an, un séminaire intergouvernemental a réuni plusieurs ministres des deux parties, sous la présidence des deux Premiers ministres. Mentionnons aussi, bien entendu, les visites effectuées au niveau présidentiel. Nos relations et nos contacts sont réguliers et intenses. Nous avons aussi des liens économiques forts et la France continue à maintenir le niveau de ses aides à l’Autorité palestinienne. Elle est fortement engagée dans le soutien au secteur privé et a participé à l’établissement d’une zone industrielle à Bethléem qui est effective aujourd’hui. Sur le plan culturel, nous sommes présents dans plusieurs villes palestiniennes, dont Gaza, où nous essayons de promouvoir des échanges culturels, la coopération entre les universités palestiniennes et françaises et aussi dans le soutien à la langue française parmi les jeunes Palestiniens.

AA : On parle beaucoup d’un possible transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël qui suscite de fortes craintes du côté palestinien. Au cas où les Etats-Unis décideraient de transférer leur ambassade, ce qui pourrait mettre fin à la solution à deux Etats, que ferait la France ? Transfèreriez-vous votre ambassade aussi ?

CG : Nous avons de longue date une position constante au sujet de Jérusalem, une position fondée sur les résolutions internationales. Nous considérons que le statut final de Jérusalem devra être décidé par un accord entre Israël et la Palestine via des négociations. En attendant cet accord, nous considérons qu’il est important que la communauté internationale respecte une position fondée sur le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité. Cela est notre position, c’est celle de l’Union européenne et nous ne voyons pas de raisons d’en changer.

publié le 23/03/2017

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